Premières sorties de mon adolescent, comment réagir ?

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Premières sorties de mon adolescent, comment réagir

L’adolescence est une période difficile sur le plan psychologique aussi bien pour les adolescents (du fait des divers bouleversements physiques et psychiques) que pour leurs proches et surtout leurs parents.

Marcel Rufo, pédopsychiatre dit souvent qu’à leur crise, les parents se doivent de survivre!

Les premières sorties des adolescents sans les parents sont très souvent les causes des premières disputes, accrochages et revendications entre l’autorité parentale et l’enfant.

Que redoutent tant les parents dans ces premières sorties de leur ado sans eux?
Que s’imaginent-ils de ce qui peut bien s’y passer?
Que peut faire leur ado quand les parents ne sont pas là pour le surveiller, le protéger ?

La question est essentielle car cela touche précisément ce qui échappe aux parents.

Tout adulte a été avant tout enfant et de surcroit adolescent, il est donc assez aisé de s’imaginer ces soirées d’ado, pour peu que chacun se replonge (de façon nostalgique ou pas) dans ses propres souvenirs. C’est une confrontation au temps qui passe, ce qui a été et qui ne sera plus. Dans la psychologie du développement de l’adulte celui ci prend alors conscience de ce qu’il a vécu et ne revivra plus, sauf à travers ses enfants. Ces premières sorties posent problèmes et peuvent parfois alors susciter de l’envie et de la jalousie à l’égard de cette jeunesse perdue. Les parents de l’ado en proie avec ces émois nostalgiques pourront parfois réagir au problème de façon vive et radicale en interdisant à leurs enfants de sortir, comme une façon de nier le temps révolu.

Dans un autre registre, l’adulte s’imagine fatalement que son enfant fera à son tour les mêmes expériences qu’eux. S’imaginer que notre enfant à son tour pourra vivre et faire les mêmes choses déconcerte les parents et parfois effraie de part les risques et les problèmes que leur enfant pourrait encourir. Plus l’enfant grandit et plus sa vie va « échapper » à ses parents ; son intimité ne leur appartient plus. L’adolescence est alors cette période où l’enfant va vouloir vivre ses propres expériences sans être sous la coupe de ses parents et conquérir des territoires nouveaux aux travers d’expériences et de rencontres nouvelles.

Ne pas savoir est peut-être ce qui est le plus difficile à vivre pour les parents.

Ces premières sorties pour l’ado sont ainsi la possibilité d’expérimenter un champ de liberté et de gagner en indépendance et autonomie. Ce sera pour les parents une façon de « tester » le résultat de leur éducation. C’est alors le problème d’une confrontation des parents à leurs propres valeurs, qu’ils auront réussi à transmettre ou pas. Paradoxalement, les adolescents, eux, vont avant tout chercher à se différencier et se démarquer de ce que représentent leurs parents. Toute atteinte à leur principe d’éducation sera vécue par les parents comme, un problème, une « attaque » et une provocation à ce qu’ils ont souhaité leur transmettre. C’est souvent d’ailleurs le point de problème et de friction principal.(« mais pourquoi nous fait-il ça? » se lamente une mère face à son ado qui a trop bu ; comme si l’ado avait volontairement voulu atteindre ses parents dans leur système de valeurs).

Les parents ne voient pas leurs enfants grandir, la représentation qu’ils ont de lui diffère de ce que vit et ressent le jeune ado. Ils ont un souci de protection à son égard vis-à-vis des mauvaises rencontres que leur enfant pourrait faire, alors que le jeune ado n’aura qu’une envie : effectivement faire de nouvelles rencontres, et bien évidemment les plus différentes possibles du cercle familial. Les parents s’imaginent le pire, les accidents, les abus d’alcool, les problèmes de consommations de drogue, les conduites dangereuses, les problèmes des fréquentations malsaines et déviantes…

Le conseil du psychologue

Dans ces premières sorties les parents devront alors accorder leur confiance à leur enfant ou à leur ado tout en jalonnant et délimitant un espace de liberté dans lequel l’adolescent pourra naviguer tout en expérimentant sa propre responsabilité. Il n’est en aucun cas question de livrer à lui-même son adolescent mais d’établir avec lui un minimum de règles (avec qui il sort, où, ce qu’il compte faire, des limites de consommation selon son âge, l’informer sur les risques de telle ou telle consommation illicite…).

Toutes ces règles et limites imposées par les parents, et pas toujours bien vécues sur le plan psychologique par les enfants (bien que nécessaire car contenantes), sont aussi une façon pour les parents de réviser l’opinion qu’ils avaient de leurs propres parents quand ils étaient enfant ou ado. C’est souvent un temps de réconciliation intergénérationnelle (le conflit se déplaçant alors à la génération suivante, mais ainsi sont les choses!). Cette confrontation entre génération (parents/enfants) est nécessaire, même si très souvent désagréable. Elle permet à chacun de se repositionner en fonction de l’évolution des besoins, mais surtout elle montre aux adolescents que même s’ils peuvent à leur âge vivre leurs propres expériences, ils ne sont pas pour autant livrés à eux-mêmes, ce qui serait terriblement sur le plan psychologique angoissant pour eux de se sentir seuls et non soutenus.

N’oublions pas que l’adolescence est le temps des paradoxes, et que c’est justement ce paradoxe que les parents devront gérer, entre être présent, mais pas trop, entre sévérité et souplesse, entre compréhension et interdiction. Tout sera alors question de dosage.

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