Gérer ses addictions par la pleine conscience

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Dans le champ des addictions, le phénomène de craving peut être défini comme une pulsion à s’engager dans la consommation d’une substance psychoactive (ex : le besoin irrépressible de s’allumer une cigarette après la pause café). Le craving peut être vécu comme l’émergence de pensées intrusives, une pulsion incontrôlable, une envie impérieuse de consommer, un état émotionnel, une sensation physique, une réponse au stress et à l’anxiété, etc. Les causes du craving ont été attribuées à des facteurs biologiques, émotionnels, ou cognitifs (Reynaud, 2006).

Selon les modèles biologiques du craving, l’addiction est vue comme une altération du fonctionnement du cerveau (en particulier au niveau du circuit du plaisir et de la récompense)… et le craving comme résultant de cette altération. Les modèles émotionnels suggèrent que le craving est une émotion qui peut être déclenchée par des anticipations, des affects négatifs, ou du stress. Les modèles cognitifs suggèrent que le craving trouve son origine dans les processus de l’information, certains auteurs ayant par exemple mis en évidence le rôle du sentiment d’efficacité personnelle dans la relation entre le craving et la consommation de la substance (alcool, tabac, cocaïne, médicaments, etc.).

La gestion du craving par la pleine conscience (mindfulness)

Du point de vue de la pleine conscience (Kabat-Zinn, 1990), le désir peut être considéré comme une composante essentielle de l’existence humaine. Il n’est donc pas question de fuir le craving, mas plutôt d’apprendre à l’apprivoiser. La pratique de la pleine conscience consiste à observer le phénomène de craving, qui est considéré comme un état cognitif et émotionnel transitoire. Ainsi, le but de la pratique est de se désensibiliser de l’expérience du craving, et d’apprendre à l’observer sans réagir et sans juger (dans la tradition des stratégies d’exposition in vivo et en imagination).

Un autre objectif de la pratique de la pleine conscience est d’accroître l’acceptation de sa propre expérience, ce qui permet de mettre l’accent sur le caractère passager de cet état. En reconnaissant que ni les sensations positives, ni les sensations négatives ne sont durables, on se rend compte que l’effort exercé pour atteindre un état particulier à court terme (euphorie, apaisement, etc.) est non seulement inutile, mais provoque de la souffrance à long terme. La pratique consistant à accepter ses états physiques et affectifs comme ils sont dans l’instant présent va ainsi permettre d’apprendre à voir et à agir en adoptant une attitude d’acceptation (à ne pas confondre avec de la résignation !).

Il a de plus été mis en évidence que la pratique de la pleine conscience permet de réduire les aspects neuronaux du craving. Par exemple, on sait que certaines régions du cerveau vont s’activer lorsqu’un fumeur regarde des images de consommation de tabac… Des chercheurs ont récemment montré que chez les fumeurs entraînés à la pratique de la mindfulness, ces régions du cerveau étaient significativement moins réactives vis-à-vis de ces images (Westbrook et al., 2011). Dans l’ensemble, les études les plus récentes dans le champ des addictions nous permettent de suggérer que le traitement par la pleine conscience a le potentiel d’agir sur les aspects neurobiologiques, cognitifs et émotionnels du craving (Witkiewitz, Lustyk, et Bowen, 2013).

Approches psychothérapeutiques utilisant la pleine conscience

Principalement issues des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), différentes approches proposent une prise en charge des problématiques addictives (tabagisme, alcoolodépendance, toxicomanie, addictions comportementales, etc.) par la pratique de la pleine conscience : la prévention de la rechute basée sur la pleine conscience, la réduction du stress basée sur la pleine conscience, la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, la thérapie dialectique comportementale, la thérapie d’acceptation et d’engagement, etc.

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